La culture de la solidarité

Dans un récent entretien avec le journal « La Croix » (juin 2019) intitulé  « Ne pas soutenir le soin, c’est ruiner la solidarité »,  la philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury souligne l’enjeu actuel qui est de voir incarné l’humanisme non seulement dans le soin – pris au sens large -, mais aussi dans tous les actes de solidarité, à tous les niveaux, individuels et collectifs et au sein de l’état de droit. 

Elle considère le soin comme “une question sociale et politique, dont la solidarité est l’horizon”, et elle interroge “en quoi pourrait consister notre démocratie si elle était fondée sur une éthique du soin” ?

Car, observe t-elle, “actuellement, les gens tombent malades. On a un burn-out global de la société, une dépression généralisée. Cette « érosion de soi » est devenue globale”.

Ses recherches font écho à la crise que traverse actuellement le service public de l’hôpital, et dont elle étudie le fonctionnement en tant qu’institution.

 

Extrait de l’entretien  avec le journal “La croix” :

De l’intérieur, donc, quel diagnostic faites-vous sur l’hôpital ?

C. F. : Je suis à la fois dans une profonde inquiétude et, par ailleurs, très consciente du grand talent des singularités que je peux y rencontrer. Je connais un nombre incroyable de collègues investis, ayant créé des structures de soin, ayant des ressources inédites en termes de responsabilité et de solidarité. Je n’ai jamais vu autant de personnes ayant un tel investissement créatif et efficace en faveur du bien commun.

C’est d’autant plus violent lorsque ces capacités singulières ne sont plus soutenues par l’institution. Les gouvernants ne proposent pas une organisation de toutes ces ressources créatives, efficaces et solidaires, alors même que les progrès de l’engagement citoyen, qui génère de l’intérêt général, sont spectaculaires…Ce qui produit un sentiment de lâchage, voire d’adversité des institutions.

C’est un constat habituel, aujourd’hui, dans le monde de la solidarité…

C. F. : La solidarité est le principe de l’état social, lequel est la vérité de l’état de droit, c’est-à-dire son fondement. Or nous avons vécu, ces dernières années, avec l’idée que le simple formalisme de l’état de droit pourrait suffire pour protéger les démocraties, et que l’état social pouvait être détricoté indéfiniment, puisque les valeurs et les procédures démocratiques étaient maintenues. Mais c’est une illusion théorique, désincarnée.

Le soin et la démocratie nécessitent tous deux la solidarité ?

C. F. : Ne pas soutenir le soin, c’est ruiner la solidarité qui fonde l’état de droit.

Quand la civilisation n’est pas soin, elle n’est rien. 

A propos de l’hôpital :

L’hôpital est, comme l’école, un pilier essentiel de la cité, un des derniers grands bastions du maintien de la confiance institutionnelle, de la confiance en l’état de droit.

D.R.

(cliquez ici pour lire la suite de l’entretien)

 

Et le shiatsu dans tout cela ? 

Les recherches de Cynthia Fleury résonnent avec ma démarche sociale et solidaire de soin en shiatsu, que je propose en individuel, mais aussi avec ce que la philosophe nomme les « corps intermédiaires » : les associations, les universités, les entreprises, les institutions publiques de santé.

Le shiatsu et le Do In ont fait leur entrée (malgré certaines réticences) il y a quelques années dans les services de santé à l’hôpital et dans les maisons de retraite, avec des effets positifs constatés non seulement auprès des patients, mais aussi pour les personnels soignants. Il permet notamment une baisse de l’anxiété, de la fatigue, de la prise de médicaments…

Portée par la définition même de « solidarité », qui est la « relation entre personnes unies par un sentiment de communauté d’intérêts qui les pousse à se porter aide mutuelle », j’ai la conviction que chacun de nous peut contribuer en conscience, à son niveau, pour aider à réparer ce burn out global, de l’homme et de la Terre, et que nous en portons une responsabilité commune.

 

Quelques articles sur le shiatsu à l’hôpital et en centres de soin : 

Le shiatsu à l’hôpital et discours du Prof Bernard Debré-2010
Les médecines chinoises s’infiltrent à l’hôpital (article du Monde nov 2011)
Les bienfaits du shiatsu en service de cancérologie (article CHU de Poitiers)

 

Cinthya Flerury est professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers, titulaire de la chaire Humanités et santé. Auteur de plusieurs ouvrages, elle est aussi vice-présidente de l’ONG Europanova, organisatrice des Etats Généraux de l’Europe (plus grand rassemblement de la société civile européenne), membre du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) et membre fondateur du réseau européen des femmes philosophes de l’Unesco. En tant que psychanalyste, elle est marraine d’ICCARRE (protocole d’intermittence du traitement du Sida) et membre de la cellule d’urgence médico-psychologique du SAMU (CUMP-Necker). En 2016, elle a fondé la Chaire de Philosophie à l’Hôpital (Hôtel-Dieu Paris) et elle dirige désormais la Chaire de Philosophie à l’Hôpital Sainte-Anne (GHT Neurosciences et Psychiatrie).

 

Pour aller plus loin :

La solidarité, une valeur dépassée ? (podcast FM – décembre 2019)

La culture de la solidarité (Tribune de Libé – novembre 2019)

Chaire de philosophie à l’Hopital , créée par Cynthia Fleury (nombreuses videos de cours et conférences en ligne)

Tracts n°6 Le soin est un humanisme, par Cynthia Fleury https://tracts.gallimard.fr/fr/products/tracts-n-6-le-soin-est-un-humanisme

En complément, un très bel article en  “Hommage aux mains qui sauvent” (Libé mai 2019- par Sylvain Prudhomme)

 

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